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Revue de presse:
Bernard Buigues au muséum de Chartres.
Paléontologue de renommée mondiale,
il poursuit ses travaux sur "Jarkov", en Sibérie.
(Article paru dans la République du Centre du 10 janvier 2001)
 
Le paléontologue Bernard Buigues est venu travailler au muséum de Chartres pour approfondir ses recherches sur les mammouths.
- Il y a trois mois, le muséum a accueilli votre confrère paléontologue, Adrian Lister (édition du 21 septembre 2000). Pourquoi êtes-vous ici à votre tour, aujourd'hui ?
- Je suis au muséum par un double concours de circonstances. Il y a trois mois, Dick Mol, qui est coordonnateur du programme scientifique " Mammuthus" en Sibérie, m'a contacté puisqu'il souhaitait venir à Chartres, accompagné d'Alexei Tikhonov, secrétaire général du comité de recherche des mammouths de Saint-Pétersbourg. De mon côté, j 'étais en contact avec le muséum pour monter une expédition qui aura lieu cet été. Nous avons donc fait d'une pierre deux coups. Mais je suis également ici pour travailler et approfondir mes recherches sur le mammouth méridionalis (ancêtre du mammouth laineux). Je trouve intéressant d'en savoir un peu plus sur les ancêtres du mammouth. C'est un animal qui travaille l'inconscient collectif. Nous n'avons qu'une seule image de lui, nous paraissant gigantesque alors que dans la lignée, c'est le plus petit. Il en existait d'autres avant lui. Cette vision que nous avons conditionne une certaine ambiguïté.
- En octobre 1999, vous avez mené l'expédition franco-russe " Jarkov " au fin fond de la Sibérie. Où en est actuellement cette étonnante découverte d'un mammouth vieux de 20.000 ans ?
- Nous continuons progressivement à le faire fondre avec des sèche-cheveux. Nous avons gardé la chaîne du froid intacte, c'est prometteur pour la recherche. Nous avons divisé le bloc de glace en vingt sections que nous dégelons. Mais ce n'est qu'un commencement. Nous en sommes à récupérer des brindilles, du pollen, des insectes et des parasites qui se trouvent à la surface. Une fois analysés, ces fragments nous donnerons une idée plus précise de l'environnement dans lequel il vivait, ses migrations... Nous recouperons ces éléments avec l'analyse d'autres restes de mammouths, afin de dresser une grille de positions, de datations et de mouvements des espèces. Et puis nous découvrirons peut-être pourquoi et comment ils ont disparu. La découverte de Jarkov a ouvert la porte à un grand pan de recherches.
- Ces recherches vous permettront-elles d'en savoir un peu plus sur ce que nous vivons aujourd'hui ?
- Oui, je pense. Cela nous apprend déjà qu'une modification de notre environnement peut nous amener à disparaître. Il faut savoir y faire attention.
- Lors de la découverte, les Russes se sont montrés très sceptiques quant aux possibilités d'exploitation de Jarkov. Votre point de vue était différent. Comment se passe aujourd'hui votre collaboration avec les équipes de chercheurs ?
- De puis quelques mois, tout se passe bien. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est de monter des expéditions, ils avaient du mal à le comprendre au début. Il y a de gros écarts culturels, la communauté scientifique russe est tellement démunie qu'ils se sont plus ou moins méfié en nous voyant investir des sommes folles dans cette expédition. Aujourd'hui, c'est diffèrent. Ils ont vu que je faisais mon travail sérieusement sans forcément jouer au grand savant.
Propos recueillis par Gwénola LE GLEHUIR.