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Le gisement paléontologique
de Saint-Prest
extrait de " Préhistoire de France " par F. Bourdier (éd. Flammarion)
Introduction:
Découverts à la fin du XIXème siècle, lors de la création de la voie ferrée Paris-Chartres, les nombreux restes de mammouths (Mammuthus meridionalis subsp depereti, Coppens & Beden, 1982), d’hippopotames, de rhinocéros, de cervidés divers… témoignent d’un climat chaud, voisin du climat inter-tropical actuel.
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Défense et Molaire de Mammuthus meridionalis subsp depereti.
Origine Saint-Prest (Eure et Loir - 28).
 
Mammuthus meridionalis était le mammouth ancestral d'où se sont détachées des lignées évolutives différentes :
Mammuthus trogontherii dont descend Mammuthus primigenius (lignée eurasienne)
Mammuthus columbi (ligneé américaine)
D'après l'encyclopédie complète des Mammouths - Paul Bahn et Adrian Lister, Delachaux et Niestlé, 1995.
 
Les 150 ans de la découverte du site:

Le mardi 2 novembre 1999 a été l'occasion de fêter les 150 ans de la découverte du site paléontologique de Saint-Prest par la présence de trois scientifiques qui ont participés à mieux comprendre l'origine de ces fossiles: Yvette DEWOLF (Histoire de la contreverse), Claude GUERIN(étude de la faune fossile) et Jean-Pierre LAUTRIDOU(La coupe de Saint-Prest : stratigraphie, sédimentologie).

   
Les controverses de cette trouvaille:
L'histoire de l'évolution des idées autour du gisement de Saint-Prest; insertion de ce gisement dans son cadre morphologique, et plus particulièrement dans le cadre de la vallée de l'Eure en aval de Chartres par Yvette DEWOLF, Université Paris VII:
   

Machoire inférieure de
Mammuthus meridionalis subsp depereti.
Specimen type de la sous-espece depereti.

Lorsque M. de Boisvillette, par une lettre adressée le 1er septembre 1848 à la Société Géologique de France, fit état de la découverte de quelques fragments fossiles de Mammifères dans une sablière ouverte sur un versant de l'Eure, au village de Saint-Prest, il ne pouvait alors imaginer les controverses qui allaient se développer autour de cette trouvaille.

   

Ces controverses portèrent successivement sur:
la coexistence de l'homme avec une faune rapportée à la fin du Tertiaire, avant donc la première période glaciaire.
la signification de la dépression dans laquelle furent piégés sables et faune.
la valeur scientifique du gisement.


Vertèbres cervicale et dorsale de
Mammuthus meridionalis subsp depereti.
   

Molaire de Mammuthus meridionalis
subsp depereti
.
Origine Saint-Prest
(Eure et Loir - 28).
150 ans après la communication de M. de Boisvillette à la Société Géologique de France, Saint-Prest reste dans l'histoire de la géologie comme l'exemple même d'une découverte litigieuse. Les faits, incontestables, souffrirent d'interprétations contestables, durant plus d'un siècle, et ceci jusqu'à la reprise:
d'une part, de l'étude systématique du gisement, de sa stratigraphie et de la chronologie des événements.
d'autre part, de l'étude de la faune à partir du matériel encore disponible.
Entre temps, il est vrai, les connaissances avaient singulièrement progressé, ainsi que les techniques d'analyses.
   
La coupe de Saint-Prest : stratigraphie, sédimentologie.
Par Jean-Pierre LAUTRIDOU, Université de Caen:
   


Molaire de Mammuthus meridionalis
subsp depereti
.
Origine Saint-Prest
(Eure et Loir - 28).


Molaire de Mammuthus meridionalis
subsp depereti
.
Origine Saint-Prest.(Eure et Loir).

L'étude stratigraphique de la coupe complétée par un sondage récent du BRGM montre, de bas en haut :

une puissante série de graviers et sables alluviaux périglaciaires de l'Eure (30 m d'épaisseur) se décomposant en 3 unités : à la base des graviers patinés subémoussés et des sables, puis des sables avec des cailloux peu émoussés, et enfin des graviers émoussés striés ("glaciels") et des sables

un limon argileux fluviatile (Eure) où a été découverte la faune interglaciaire - des sables et granules lités à intercalations de paléosols - un loess sableux gris

un complexe de loess ancien (saalien) de sol interglaciaire (Eémien - Riss/Würm)) et de loess récent weichsélien (Würmien) Excepté le complexe de loess, l'ensemble est fissuré, faillé suite à des affaissements d'origine karstique (ou tectonique ?).

Cet ensemble est daté du Pléistocène inférieur (2° partie) sur la base de datations : paléomagnétisme négatif, faune, corrélations avec le site de La Londe (Sud de Rouen) qui comporte les mêmes formations excepté les graviers de l'Eure (très haute terrasse), avec à la base une argile laguno-lacustre à flore reuvénienne (Pliocène supérieur).

 

 
La Faune de Saint-Prest:
Par Claude GUERIN, Université Claude Bernard - Lyon 1
   


Molaire de
Dicerorhinus etruscus
brachycephalus
.
Origine Saint-Prest.

La faune de Saint-Prest intéresse les chercheurs depuis sa découverte, il y a un siècle et demi, notamment du fait de son âge proche de la limite supérieure du Villafranchien. Elle comprend 10 espèces de Mammifères, Mammuthus meridionalis depereti (Coppens & Beden), Dicerorhinus etruscus brachycephalus (Schroeder), Equus stenonis Cocchi, Alces carnutorum (Laugel), Praemegaceros verticornis (Dawkins), Cervus sp.1, Cervus sp. 2, Bovinés indét. cf. Bos ou Bison, Hippopotamus sp. et Trogontherium cuvieri boisvilletti (Laugel).

   

Saint-Prest est le gisement-type de trois de ces taxons, Mammuthus meridionalis depereti, Alces carnutorum et Trogontherium cuvieri boisvilletti. Le mammouth y est le plus fréquent (174 restes), suivi de loin par le rhinocéros (21 restes) puis par les autres mammifères (pas plus de 10 restes chacun).


Molaire de Dicerorhinus etruscus brachycephalus.
Origine Saint-Prest. (Eure et Loir - 28).
   


Molaire de Mammuthus meridionalis
subsp depereti
.
Origine Saint-Prest (Eure et Loir).

Cette association permet de placer le gisement dans la standardzone MNQ 20, au tout début du Pléistocène moyen, aux alentours de un million d'années. Elle traduit un paysage forestier ouvert à climat tempéré humide.
 
Le bestiaire de Saint-Prest

d’après C. Guérin in Géobios 36 (2003) : 55-82.

La faune de Saint-Prest compte 11 espèces de mammifères, toutes de grande taille. L’absence de petits animaux, voire de micromammifères, doit surtout à l’absence de méthodologie dans l’étude du site. Rappelons que sa découverte se situe au milieu du XIXème siècle et que les méthodes d’investigation mises en œuvre étaient encore sommaires.

Mammuthus meridionalis depereti Coppens & Beden, 1982
Les restes de ce Proboscidien sont les plus nombreux. Mammuthus meridionalis meridionalis est le plus ancien éléphant trouvé en France, où il apparaît dans le Villafranchien moyen. La sous-espèce depereti, plus récente, du début du Pléistocène moyen, a été définie à partir des restes de Saint-Prest, avec pour holotype la mandibule possédant 2 dents M3 (voir vitrine). M. meridionalis depereti est l’ancêtre direct de M. meridionalis cromerensis qui sera remplacé par Mammuthus trogontherii. M. meridionalis depereti est un animal de grande taille atteignant 3.7 m au garot.

Dicerorhinus etruscus brachycephalus (Schroeder, 1903) Guérin, 1980
Il s’agit d’un rhinocéros de taille moyenne, aux membres relativement allongés, que l’on trouve dans les gisements à partir du Villafranchien inférieur. D. etruscus etruscus est présent en Europe pendant tout le Villafranchien. Au Pléistocène moyen, il est remplacé par la sous-espèce D. etruscus brachycephalus , plus évoluée et moins gracile.

Equus stenonis Cocchi, 1867
Représenté par peu de restes, Equus stenonis est le cheval du Pléistocène. Il s’est répandu en Europe et en Asie. Son nom  stenonis  lui vient du mot grec  Stenos qui signifie "serré","étroit", parce qu’il n’a pas encore la taille, ni le poids qu’atteindra Equus caballus qui le remplacera à l’Holocène.

Hippopotamus major Cuvier, 1804-1824
H. major est un très gros animal, d’un quart supérieur à l’Hippotamus amphibius actuel, plus adapté que ce dernier au milieu aquatique : la position des orbites est encore plus périscopique, les extrémités distales des membres sont plus courtes. Cette espèce apparaît au début du Pléistocène moyen

Cervideae : les nombreux restes ont permis d’établir la présence de 4 grands Cervidés :

- Alces carnutorum (Laugel, 1862)
Cet élan a été défini à partir des restes de Saint-Prest. La diagnose repose essentiellement sur la taille intermédiaire entre celle de Alces gallicus du Villafranchien supérieur et celle de Alces giganteus du Pléistocène moyen et supérieur. C’est une espèce qui est présente dans peu de sites européens.

- Praemegaceros verticornis (Dawkins, 1872)
Ce Cervidé, aux bois plutôt digités que palmés, est probablement le plus grand Cervidae qui est existé. Il apparaît dans le Villafranchien terminal du Moyent-Orient et s’installe en Europe au Pléistocène.

- Cervidae sp.1 cf. elaphus L., 1758
Quelques restes montrent la présence d’un grand cerf élaphe. Des Cervidés de ce type sont connus dès le Pléistocène moyen.

- Cervidae sp. 2 aff. Dama sp.,
Représenté seulement par deux pièces, elles sont attribuables au genre Dama : il s’agirait d’un daim de dimensions sensiblement inférieures à celles de Dama mesopotamica actuel.

Bison schoetensacki Freudenberg, 1910
B. schoetensacki est une petite forme forestière de bison définie à Mauer (Allemagne) au niveau du Pléistocène moyen. Son extension stratigraphique comprend l’ensemble du Pléistocène moyen et supérieur. En France, il est attesté dans une quinzaine de sites.

Trogontherium cuvieri boisvilletti (Laugel, 1862)
Laugel a décrit de Saint-Prest un castor à partir d’un crâne appartenant à la collection du MNHN. Il s’agit d’un animal qui atteint la taille d’un gros castor actuel. L’espèce fossile apparaît au Villafranchien inférieur et perdure presque jusqu’à la fin du Pléistocène moyen.

Pachycrocuta brevirostris (Aymard, 1856)
Dès la découverte du site de Saint-Prest en 1848, Boisvillette signale la présence de restes de carnassiers. Or, il a fallu attendre la révision par C. Guérin en 1999, pour attester dans le bestiaire de Saint-Prest l’existence d’un grand carnassier. Ces restes sont représentés dans les collections du Muséum de Chartres par deux morceaux de mâchoires avec dents (voir vitrine). P. brevirostris est une très grande hyène, de la taille d’un lion actuel, qui apparaît en Europe au début du Pléistocène moyen.