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Sortie "bryophytes" à Berchères-les-Pierres et Dammarie
du Dimanche 6 avril 2003

Une nouvelle station de Tortula brevissima

 
Sortie bryophytes à Berchères-les-Pierres
   

Découverte d'un mur de Berchères
très riche en muscinées.
C'est par un temps gris et frais que nous nous sommes retrouvés à Berchères-les-Pierres (Eure-et-Loir). Notre groupe composé de 7 personnes et animé par P. Boudier, a commencé par des observations de mousses se trouvant sur les murs de Berchères.


P.Boudier en train de nous présenter les différentes espèces de mousses.

Malgré la sécheresse qui avait rendu les muscinées quelques peu rabougris, nous avons observé sur un vieux mur en calcaire de Beauce quelques espèces des régions méditerranéennes comme Grimmia orbicularis, Crossidium squamiferum. Puis nous nous sommes rendus à Concrez (commune de Dammarie) où nous avons visité les anciennes carrières de calcaires de Beauce : parmi les espèces remarquables, sur les rochers nous avons observé Encalypta streptocarpa, Campylium calcareum et sur les troncs en abondance Cryphaea heteromalla.

 

 
En repartant, un arrêt à Concrez même pour examiner un vieux mur de bauge et calcaire de Beauce, nous a permis de découvrir une nouvelle station du rarissime Tortula brevissima

La Muscinée, Grimmia pulvinata avec son sporophyte (soie + capsule)
   
Tortula brevissima Schiffner
D'apres l'article de Boudier, P. (1988): Tortula brevissima Schiffner (Pottiaceae, Musci) nouveau pour la bryoflore de la France et de Suisse. Cryptogamie, Bryologie et Lichénologie, 9: 219-230.
   

Tortula brevissima:Plante entière sèche et feuille entière.

Tortula brevissima Schiffn. a été récolté pour la première fois en France en 1987 sur un mur à Cormainville (Eure-et-Loir). Depuis cette découverte, les recherches ont permis de montrer que cette espèce est présente sur les murs surtout en terre dans un périmètre délimité par Cormainville, Prasville, Dammarie et Rouvray-Saint-Florentin. En France, cette espèce a été trouvée en deux stations de la vallée de la Seine (Eure et  Seine-Maritime) et en Beauce d’Eure-et-Loir où elle forme souvent d’importantes populations sur les vieux murs.

Tortula brevissima a été décrit par Schiffner en 1913 à partir d'échantillons provenant de Syrie orientale et de Mésopotamie. Au Moyen-Orient, il est également connu d'Israël, de Palestine et de Jordanie. En dehors de l'Asie, cette Tortule est connue d'Europe, en Espagne où cette espèce est présente dans plusieurs régions, en Allemagne dans le massif du Harz (1 station) et récemment il a été découvert en Italie du sud. A l'heure actuelle, l'aire de répartition de T. brevissima couvre deux régions géographiquement disjointes d'une part, le Moyen-Orient, et d'autre part, l'ouest européen.


Coupes transversales d'une feuille de tortula brevissima
Certaines formes du Tortula muralis à petites feuilles, des milieux thermophiles tendent à se rapprocher de T. brevissima. La coupe de la nervure est le meilleur moyen de les différencier : chez T. muralis, les euricystes sont surmontés de 2 à 3 couches de petites cellules carrées peu proéminentes ; les stéréides sont plus nombreux sur 6 à 7 couches ; les cellules de l'épiderme dorsal sont indistinctes et la nervure est nettement proéminente sur le dos de la feuille. Chez T. brevissima, la coupe que les euricystes sont surmontés par de grandes cellules épidermiques proéminentes.


Répartition de Tortula brevissima Schiffner. en Eure-et--Loir. Quadrillage UTM 5 x 5 km.

Tortula brevissima est une muscinée préférentielle des sols basiques, secs, riches en carbonates de calcium, mais pousse également sur substrats gypseux dépourvus de sel marin. Elle est rarement signalé dans les fissures de rochers et sur les murs. Il s'agit donc d'une espèce terricole calcicole, rarement rupicole.

Schéma de la structure d'un mur de clôture beauceron traditionnel avec sa base en pierres maçonnée à la terre et la partie supérieure en bauge. Les flèches indiquent l'implantation des touffes de Tortula brevissima.(del. P. BOUDIER).

Sur les murs de Beauce, T. brevissima végète sur deux types de substrat:

  • sur la chaux ancienne (une centaine d'années au maximum) devenue pulvérulente. Ce mortier est souvent enrichi de briques pilées, ce qui lui donne une teinte rougeâtre. Sur ce type de support, T brevissima a toujours été observé en faible quantité.
  • entre les pierres des murs maçonnées à la terre ou sur la bauge. Dans ce cas, il peut être abondant (voir les localités de Soignolles et Plancheville). Ces murs traditionnels beaucerons sont de facture très ancienne et la technique utilisée remonte au moins à la période gauloise. La base du mur sur 50 cm à 1 m est montée en pierres (calcaire de Beauce ou rognons de silex) et maçonnée à la terre, la partie supérieure étant élevée en bauge, laquelle est constituée essentiellement de terre franche (BILLY-CHRISTIAN et RAULIN 1986). Ces murs sont recouverts d'un petit toit qui assure leur protection contre les intempéries. Grâce à cette toiture, seuls le brouillard ou la pluie rabattue par le vent peuvent humidifier les parois des murs. Cette protection maintient une forte sécheresse.